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La civilité

Nous sommes aggressé par les incivilités, mais plutôt que de réagir face à celles-ci, ne pouvons nous pas anticiper et soigner la paix qui les précède ?
Dans la civilité, nous retrouvons la politesse et également le savoir-vivre. C'est dire que la ville et la culture en font partie. Ces notions interrogent la pratique, et non les déclarations morales : c'est plus une question d'Architecture que de Politique.
L'urbanité est le résultat d'un apprentissage tout au long de la vie, c'est le lent et patient travail de l'amélioration, avec la place des femmes et leur rôle essentiel.

La politesse et la propreté sont du domaine de l'évidence. Elles ne peuvent être totalement expliquées, être transparentes. Elles supposent une cohérence personnelle et une cohésion sociale, en même temps qu'une tolérance et le respect de l'altérité. La discipline personnelle se forge face à des obligations.

Pour ces questions, le critère du goût est décisif. Il n'y a pas d'objectivité, mais une culture.
L'éducation et son partage sont donc primordiaux. Le rejet de l'éducation annonce le rejet de ces règles communes. Le culte du "bad boy", l'admiration pour la transgression (et sa difficulté) ont remplacé le respect des académies, qui avait trop montré sa pesanteur.
Il ne suffit pas de s'appuyer sur les essais d'objectivation de Kant ou des hygiénistes. L'objectivité dans ce cas manque de solidité, et montre la faiblesse de ceux qui se cachent derrière.

L'aristocratie européenne doit donc digérer l'art moderne.
Depuis 14-18, nous sommes sous l'influence américaine, qui nous impose son rattrapage cuturel. Ainsi avons-nous oublié une partie de notre patrimoine et nous trouvons nous parfois devant notre histoire comme devant celle d'un peuple inconnu.
La civilisation américaine honore les pillards, et sa brutalité n'est pas originale, mais son évolution remet en cause les notions de décence commune.
Peu urbaine, elle méconnait le poli de la vie en société.
La politesse n'est cependant pas refus de la violence. Institutionalisation des rapports de force, elle ne refuse pas l'agressivité, mais la rend sociable. Face à la sauvagerie, elle demande une force, qu'elle valorise en retour.

Parce que les états ont abusé de la force contre la cohésion populaire, ils ont perverti cette force. L'urbanisme a affaibli l'urbanité.
La dérive du libéralisme a ruiné notre faculté de distinguer : elle a promu un nihilisme officiel. Ce faisant, elle s'est attaqué à la civilité, qui demande des limites. Depuis Mallarmé, nous nous suicidons. Est ce terminé ?

L'usage intensif de la notion d'intérêt général a dévalué celui-ci.
La mixité sociale est un bel objectif, mais qui ne se décrète pas. Son antithèse, le communautarisme, prospère sur la fuite de ceux qui le peuvent. C'est cette fuite qu'il faut prendre en compte. Il faut encourager le fait de prendre racine. La mixité est plus réalisée par le fait de devenir propriétaire que par le logement social. Elle pourrait l'être par le décloisonnement des zones monofonctionnelles : villes balnéaires, zones d'activité ... Il faut partir de ce qui marche et l'améliorer en soignant ce qui ne marche pas ; après, filtrer les nouveaux arrivants et rendre la politesse obligatoire.

La patience, l'entretien, l'investissement à long terme sont à la base de ce que l'on nomme la résilence.
La politesse, la propreté, se comprennent comme des possibilités d'accueil, une hospitalité. C'est la tolérance d'admettre la différence, de relativiser sa subjectivité et ses croyances.
On peut bien sûr ramener leurs manques à l'égoïsme et sa toxicité.
(L'exemple suisse montre l'intérêt du contrôle public.)

L'impératif de chaque culture, cette hospitalité, disparaît parfois, et ceux qui pensent les rapports entre civilisations en terme de guerre montrent la dégénerescence de la leur. La civilité, c'est aussi de penser que l'on fait partie d'une même communauté, et non pas de communautés séparées.

L'époque de la croissance a encore des leçons à nous donner, même si c'est pour la terminer proprement. Il faut penser à compléter son programme. Il y a trop de court terme dans les politiques suivies. Quand une période se clot, il faut un soin particulier. On a vu avec la décolonisation les erreurs de l'empressement. La guerre d'Algérie par exemple n'aurait jamais du se terminer comme elle l'a été. Les conflits inachevés se perpétuent sous d'autres formes.

C'est cette communauté civile qui est également menaçée par l'inflence anglo-saxonne d'une société cloisonnée.

Les livres scolaires d'histoire racontent le roman national, mais non le récit argumenté. Il en ressort une incompréhension prête à toutes les illusions et c'est bien visible dans les mystifications comme autrefois le communisme ou le gaullisme et maintenant l'essentialisme. L'analyse des facteurs à l'oeuvre manque : y a-t-il une histoire officielle ? En faut-il une et peut-on s'en passer ?