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La domination américaine

Les Etats-Unis sont devenus au XXè siècle la puissance dominante du monde à la place de l'Europe.
Cette domination s'est faite progressivement pour s'établir à la fin de la première guerre mondiale et se renforcer après la seconde.

La domination américaine sur l'Europe a pu être rapprochée de celle de l'Empire Romain sur la Grèce. En effet, elle est bienveillante (jusqu'à présent) et soucieuse de se regarder dans ce miroir.
Cependant, de nombreux moments ont montré que la vassalisation de l'Europe est une réalité. Quand les choses sérieuses sont envisagées, monopole économique, choix stratégique, morale puritaine, les moyens n'ont pas manqué et la brutalité n'a pas toujours pu être cachée.

Le principal reproche qu'un européen cultivé peut faire à l'influence américaine est de moraliser. La morale est présente dans chaque geste, dans chaque oeuvre, comme sa trahison l'est dans chaque politique. La morale remplace la question sociale.

La culture américaine nous a apporté beaucoup de choses : une force, une vérité, une jeunesse. Mais cet apport est limité.
Sa domination en 1918 s'est fait sur la ruine de l'Europe et sur son remplacement. Celui-ci a marqué l'arrêt du mouvement culturel de l'Europe et a obligé celle-ci a attendre un rattrapage des U.S.A., rattrapage qui n'est jamais arrivé, car les U.S.A. se sont aussi construit contre l'Europe. En fait, dans ce pays si vaste et contradictoire, deux rapports à l'Europe se sont affrontés : une classe mondiale et cultivée s'est jetée sur les restes des avant-gardes, tandis qu'une majorité méprisait les fins de races qui venaient de se ruiner.
L'art américain est principalement régressif. Il s'agit peut-être d'un vice inhérent à cette démocratie, qui ne cherche pas l'élévation mais au contraire regarde sans cesse le plus populaire.
Il est intéressant de remarquer que les meilleures exportations de cette culture viennent des forces minoritaires, voire opprimées, comme les noirs (jazz, blues, rock, funk ...), les juifs (littérature ...) voire les sudistes (art de vivre). Après l'académisme européen, les États-Unis auront-ils le leur?

L'Amérique nous a apporté un renouvellement essentiel, surtout dans le miroir qu'elle nous a donné : ce que les américains ont trouvé en Europe.

La culture américaine, avec le modernisme comme vecteur, s'est résumée à une immense promotion du narcissisme. C'est le résultat de sa nature profondément démocratique, qui a permis de relever l'Europe, mais non de rejoindre l'idéal aristocratique de celle-ci.
La séparation en communautés, basée sur un racisme fondateur et d'autant plus solide qu'il est nié, empêche toute élévation commune.

Du sauvage, et d'abord du colon exterminateur, le modèle se répète toujours plus vers la brutalité : chaque publicité, chaque clip glorifie la destruction de la civilisation.

La culture américaine semble décliner. Après avoir réuni la démocratie anglaise et la vitalité moderne, après avoir construit l"american way of life" et ses standards, elle semble incapable de poursuivre plus loin l'intégration sociale dans une civilisation autonome. Après avoir proposé avec son cinéma et son industrie une démocratisation réelle et intelligente, elle ne promeut plus qu'un abrutissement narcissique. Bien sûr, ce n'est pas elle seule qui est malade, mais son époque. On voit ce dépérissemnt dans les nouveaux objets du quotidien, qui sont de moins en moins utiles, en comparaison de ceux apportés par la première vague américaine.
La crise actuelle remet également en question la ville européenne. La dévitalisation des centres suit le modèle américain. Ce modèle a montré ses limites et c'est de là qu'il faut partir.

Cette décadence s'exprime clairement par un euphémisme mortifère : Dans les universités américaines, un mouvement s’étend, pour restreindre ce qu’ils appellent les « micro-agressions ». Ainsi, les élèves de Droit de Harvard ont demandé à bannir l’expression « violer la loi », car le mot « viol » est dérangeant. 10 universités ont déposé une liste d’expression jugées offensantes : « l’Amérique est une terre d’opportunités », « la personne la plus qualifiée devrait avoir le job »… On se bat contre les mots, c’est plus facile que contre les événements. Ça revient à cacher ce que l’on ne veut pas voir, et cette intolérance montre plus qu’elle ne cache une grande faiblesse.
Il ne faut pas mécomprendre cette critique. Si la civilisation américaine est en crise, c'est un grand malheur et un grand risque. L'histoire n'est pas une progression linéaire et les déclins sont rarement heureux. Il y a aux U.S.A. des ressources (humaines, culturelles ...) considérables qui devront surnager après l'effondrement de cette bonne conscience et de cette grossièreté, qui ne sont que les deux faces de la même démagogie.
Si l'Europe est sous l'influence des U.S.A. et si cette influence diminue, ce qui semble être le cas depuis une vingtaine d'année, il faut se demander par quoi elle va être remplacée, et quelle sera la place des U.S.A. dans cette nouvelle configuration. Il faut se souvenir que les Etats-Unis nous ont soutenu dans les heures graves du XXème siècle. La fin de l'Amérique va nous laisser orphelin, comme nous avons laissé nos colonies.

Les règles de la civilisation française, faites par les usages et par leurs modérations, sont sous l'influence américaine remplacé par des droits qui se veulent précis. Le juridisme qui en résulte ne garantit en rien une meilleure société. Quand on a séparé l'apparence et la pratique, chacun peut dire ce qu'il veut et s'armer, pendant qu'une réglementation stricte s'appuie sur une société moralisante.

En Europe, les lumières ont permis de dégager la société de la religion, et de laisser à celle-ci le monde intérieur de chacun. C'est le contraire aux Etats-Unis, où des sectateurs poursuivis ont créé un état religieux et où les individus sont rattachés à une croyance.
Les croyances dans le supra-sensible : fantômes, revenants et esprits vient-il de l'Angleterre, des Indiens, de l'irrationalité des puritains ou du déracinement des premiers colons ?

La nature colonisatrice, c'est à dire ici prédatrice, de la nation américaine ne doit pas être oubliée, comme l'origine religieuse des premiers colons.

Derrière cette "soft ideology" se trouve une vraie politique d'influence et de profit, mais sans la présence des anciens empires coloniaux. Les USA ont inventé l'empire "à distance". C'est la prédation à un niveau inégalé.