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La dette en démocratie

Quel rapport entre la dette nationale et la démocratie ? Après tout, les état s'endettent indépendamment de leur régime politique et l'on a plutôt connu des défaillances dans des pays autoritaires.

Il est courant pour un état d'intervenir sur l'économie du pays. Cependant, il ne peut pas tout faire. Il ne suffit pas de décréter pour produire, ni de donner pour avoir. Ainsi, la démagogie a ses limites, qu'elle s'évertue à cacher. Une première question est de savoir si une Nation, comme un foyer, vit au dessus de ses moyens, c'est à dire si elle produit autant qu'elle consomme, sinon elle s'endette, c'est à dire se soumet à celui qui la nourrit.

La dette supplée au déficit : il y a un équilibre entre ce que l'on produit et ce que l'on peut échanger.
La direction de l'économie par des bureaucrates n'a pas donné de bons résultats. Si la politique doit surmonter l'économie, c'est dans sa direction, pas dans son application.
La dette publique n'est pas comprise par la plupart des gens. Elle reste dans des brumes lointaines. Il est tellement plus attirant d'augmenter les dépenses ... Comprendre que ce qui est public nous appartient demande une certaine culture. Ainsi, la dette est-elle synonyme d'affaiblissement de la démocratie : elle est le signe du recul de la responsabilité des édiles face aux forces immédiatement actives.

Le capitalisme défini les règles du jeu économique, mais avec maintenant un nouvel impératif de "gouvernance" qui s'impose aux intérêts antagoniques, mêmes économiques. Pour parler clairement, il ne suit plus les logiques de rationalité de la valeur en général, mais de la valeur particulière de certains de ses porteurs, selon leur rôle politique. Si "les marchés libres favorisent l’accroissement des avantages des plus favorisés au dépend des autres.", les plus favorisés sont ceux qui "tiennent" le marché, c'est à dire le gèrent : la boucle est fermée sur ceux qui n'y accéderont jamais.
Ainsi, les exigences de reproduction du Capital doivent-elles s’effacer devant le maintien de la gestion, même si ce court-terme menace la survie à long terme. La dette, comme la création monétaire, sont donc des possibilité de maintien d’une domination dans une instantanéité toujours renouvelée.

Que se passera-t-il en cas de défaillance ? Les exemples de l'Argentine et de l'Islande sont particuliers. Le Japon, l'Italie, la Grèce ou même les U.S.A. ne peuvent rembourser leurs dettes. Les créanciers des états savent que ceux-ci sont maîtres de leur monnaie, c'est pourquoi en général, il prêtent dans une monnaie tierce. Sont-ils capables de mettre un état en faillite : certainement, on en a vu des exemples. Même la gestion le plus concentrée dépend d’une externalité. Le cas des U.S.A. est particulier. Ils bénéficient du "privilège du dollar" et jouissent de l'absence d'un concurrent qui serait plus objectif. L'or a perdu son rôle central et les crypto-monnaies sont tributaires de l'énergie. Pour l'instant, le dollar est hors de danger, mais son retournement serait d'autant plus violent. Il est à prévoir que le pays ne s'en remettrait pas. Jusqu'où pourra-t-il tirer des traites sur la confiance des autres, personne ne le sait et l'audace de la réserve fédérale ne laisse rien deviner. Cette éventualité imposerait l’isolationnisme aux américains. La chute du dollar créerait un bouleversement mondial tel que même ses concurrents, comme la Chine, ont des difficultés à proposer de le remplacer.

La défaillance d’un état important, comme le Japon ou la France, créerait une vague de méfiance envers ces économies « moyennes ». Le pays en question serait mis en faillite et ses avoirs saisissables liquidés. Ce serait ce qui est arrivé à l’Argentine en plus spectaculaire : la différence, c’est que ce ne serait plus considéré comme un accident, mais comme un phénomène structurel. Les hommes politiques qui assumeraient ce non-remboursement de la dette seraient écartés, mais le pays serait mis au ban du crédit international pour de nombreuses années. Un organisme comme le FMI serait chargé d’encadrer son retour, ce qui ne se ferait pas sans mouvements sociaux destructeurs. Il serait alors apparent que la monnaie n’est que le marqueur de la confiance, et que celle-ci ne s’étend plus sur ce pays.

Les autres états prendraient certainement des mesures pour "endiguer" le risque de défaillance et se réorganiseraient en récupérant tous les actifs possibles du pays failli.

La dette est la maladie laissée par la croissance lorsque celle-ci ralentit. Les politiques libérales l'autorisent, tandis que les dirigistes la cachent. Tous succombent au court-terme. La dette est alors le moyen de continuer à distribuer sans augmenter les impôts. Elle laisse les politiques seuls à seuls avec leur responsabilité, parce que l'opinion démocratique a du mal à accepter des impératifs qu’elle ne voit pas et est capable de se rebeller contre la réalité, ce qui alimente le coût de l’emprunt. En créant artificiellement de la monnaie, il n'y a rien de surprenant à récolter de l'inflation.

Une chose est la dépendance des états à la monnaie, et plus simplement à l'économie, une autre la dépendance au principe de réalité. Les deux ont quelque chose en commun, les conséquences des engagements et la responsabilité des décideurs, mais une différence de taille : le retour d’expérience. L'économie n'est qu’un aspect des choses, ce qui ne veut pas dire que ceux qui s'en moquent aient toujours de bonnes raisons de le faire. De fait, les états débiteurs ne sont pas plus vertueux pour les biens non marchands.

Un renversement s'opère parfois qui rend le débiteur plus puissant que le créancier : lorsque la dette peut ne pas être rendue. Cependant, cette dépendance en retour est généralement corrigée violemment.

La mutualisation des dettes européennes n'est pas complète. Elle se base sur un pacte et reste discutable, comme on l'a bien vu pour la Grèce.

La dette est une drogue dure, qui donne aux pays la maladie de la rente, sans avoir celle-ci. Le rentier, si souvent méprisé au 20è siècle, est devenu l'idéal de l'âge post-industriel, cependant, la dette est un expédient qui ne peut pas durer ...