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La corruption

La corruption n'est pas forcément financière. Quand l'état remet la dette fiscale de Yannick Noah de 1 million à 300 000 euros, puis à rien, même s'il n'y a pas eu de pot de vin, il y a corruption.

Quand une association (Anticor) se donne le but de combattre la corruption, elle se doit d'être objective. Sinon, elle est elle-même un symbole de cette corruption.

Il y a une tradition française, qui date de l'ancien régime et qui pousse à la corruption. Elle veut que la rémunération du travail soit annexe et non principale : un magistrat n'était pas payé pour son travail, mais honoré pour son exemple. Cette idée, qui se défend dans un monde aristocratique, est perverse dans une société démocratique, et on a bien vu que les américains l'ont vite oublié.
On retrouve, évidemment dans la classe dominante, cette pratique de collectionner les avantages induits, logement ou voiture de fonction, personnel mis à disposition, stock-options, honoraires libres, qui permettent à certains privilégiés de cumuler plusieurs revenus, voire de ne rien avoir à dépenser (qui verra un Président de la République payer quelque chose ?).

On distingue dans les affaires de corruptions le corrupteur et le corrompu. Il serait plus judicieux d'étudier le cadre de ces affaires et l'inertie de celui-ci : il y a des corrupteurs obligés, comme il y a des corrompus organisateurs.

La corruption n'est pas forcément une action : elle peut aussi exister par paresse, par "la force des choses". Il y a une corruption par l'usage : c'est ainsi que certains marchés se font ... De même que l'évidence pousse à la corruption : les habitudes se reproduisent.

Une décision fait généralement sentir sa nécessité présente, alors que son résultat sera différé. Si l'effet ne correspond pas au but affiché, le public aura peut-être oublié celui-ci, mais ce n'est pas sûr. Dans cette perte, il y a plus souvent de la bêtise que du calcul, mais il y a des exceptions. Ainsi, la corruption va souvent avec un sentiment de supériorité sur les règles usuelles. Il faut dire que celles-ci sont parfois inappliquées, voire inapplicables.

La corruption est rarement le fait de partenaires libres. Il faut analyser les facteurs de contraintes qui sont présents.
La lutte contre la corruption suppose une administration de la justice forte et indépendante, avec le culte de la vérité. Ces trois facteurs ne sont pas toujours réunis ...
L'histoire de la monarchie est celle du remplacement des collusions locales par un but national. La république a suivi la même route, qui suppose une discipline et une autorité. C'est dans la dissolution de celles-ci que revient l'omniprésence des mafias.

Qu'est ce qu'un corrompu : quelqu'un qu'on peut acheter. Mais tout salarié est dans ce cas. Il s'agit donc l'instance de décision et de son rapport au marché. Qu'est-ce qu'un corrupteur : quelqu'un qui veut outrepasser son droit. Quand quelqu'un fait sentir qu'il faut "rajouter" une valeur cachée dans un marché, c'est le corrompu qui crée la corruption.


Analysons les exemples récents : Richard Ferrand : il aurait voté en tant que député une disposition favorable à la mutuelle dont il était président. Le député peut prendre conseil auprès du président, mais doit juger en fonction de l'intérêt général : est-ce le cas ? Il aurait fait décider la location par sa mutuelle d'un local qu'il aurait ensuite acheté : qui a fait une bonne affaire ? Ce devrait être la mutuelle, puisqu'il a agi en son nom. François Fillon : il aurait utilisé les financements dont il disposait pour son travail parlementaire pour sa famille. Si celle-ci a travaillé pour lui, pourquoi pas, mais dans un cas si douteux, il aurait du prévoir de justifier ce travail. Thomas Thevenoud : comment un homme politique peut-il être élu, c'est à dire promu par un parti, s'il ne respecte pas ses obligations civiques et financières ? C'est non seulement un cas pathologique ("la phobie administrative" d'un administrateur), mais aussi un symptôme de la maladie de son parti. Jerôme Cahusac ... que dire de plus
Mais pour toutes ces vedettes, combien de maires qui font construire avec quelques "retours d'ascenseurs" ... Ne serait-ce que pour faire embaucher un familier ou un partisan.
Déjà, la proximité des décideurs présente le risque de l'image de la collusion. La corruption est condamnable ainsi parce qu'elle dévalue l'honnêteté, qui est pourtant bien plus présente, mais moins médiatisée. (un honnête homme ne fait pas un évènement médiatique)

Il y a corruption quand le but d'une action n'est pas celui avoué. La corruption est un drame : une corrosion de la liberté et du respect de l'individu comme de la vérité.
Lutter contre la corruption suppose l'existence d'une arène pour l'honnêteté et la vérité, ce que seul l'état de droit peut offrir.