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Comprendre les crises actuelles

Notre civilisation est en crise. Ce n'est pas nouveau. On peut même dire que la crise, le déséquilibre, lui sont consubstantiels.
On ne sait pas s'il faut parler d'une ou de plusieurs crises.
Nous avons eu la crise de l'énergie, puis la crise de société, crise de l'économie, crise du travail, crise financière, crise monétaire, crise écologique, crise des migrants ... On a aussi entendu : crise de civilisation, crise des valeurs, crise du modèle occidental. Et crise de la gouvernance, de représentation, de la politique, de la démocratie et de l'Europe. Pour nous, cette succession de "crises" n'en est qu'une et c'est simplement le nom de notre époque.

Nous allons reprendre cette chronologie spectaculaire, qui finit par avouer de quoi elle est le détail.

La crise de l'énergie résulte du premier choc pétrolier, c'est à dire d'une lutte entre les pays producteurs et les pays consommateurs, sur le fond du conflit israélo-palestinien. Revanche de pays mal considérés face aux consommateurs, quand ceux-ci sont obligés de réduire leurs capacités pour faire face aux revendications des années 68. L'énergie est alors le nouveau nom du pouvoir. Il y a eu à la fin des années 60 une critique des pouvoirs et du travail et l'énergie est ce qui a manqué à l'état. Celui-ci a donc naturellement organisé ce manque. "Les problèmes d'énergie étant particulièrement critiques en Europe, une prise de conscience devrait être possible" (André Gauvenet page 17 revue Problèmes Economiques n.1566 du 29 mars 1978")

L'analyse mène alors naturellement vers la crise de la société capitaliste. Les années précédentes voient la fin du rêve du Welfare State. L'état est aux abois et ça se sent. En premier lieu, il y a une critique de l'état et du pouvoir capitaliste. La reconnaissance de cette crise par les dirigeants est aussi bien leur stratégie pour y faire face : c'est le début d'une reconquête de la gauche.

Après 68, les gens ne veulent plus travailler ; ils n'acceptent plus de construire un monde qui non seulement leur échappe mais se retourne contre eux. Il s'agit alors pour la classe dominante de revaloriser le travail, c'est à dire la pauvreté. Cette crise de l'économie, avec l'inflation et le chômage, va récupérer les gains accordés aux contestataires. Malgré les chocs pétroliers, les 20 ans qui vont suivre vont voir une croissance des consommations d'énergie et des pouvoirs d'achat : tout va y être sacrifié.

La crise du travail, ou de l'emploi, s'éclaire si on se souvient du slogan de 68, redécouvert en 2016 "Ne travaillez jamais". La recherche d'une main d'oeuvre plus docile et moins chère va faire les beaux jours de l'immigration et de la délocalisation.
montpellier 2016
La fuite en avant du pouvoir l'a converti à la mondialisation. Le mouvement de fond de cette époque, c'est à dire la victoire du commerce sur l'administration, se traduit par la résistance et la concurrence des états et, d'abord, par la guerre de leurs monnaies. La crise financière est la fin de l'organisation par les Etats Unis d'un Capitalisme partagé.

La chaine de télévision du Parlement exhume ces temps ci la trajectoire du Club de Rome, qui dans les années 1970, alors que d'autres tentaient de faire la révolution, pronostiquait déjà les limites de la croissance. Tout cela a bien vieilli. Il nous reste deux idées utilisables : les ressources sont finies (eh oui, c'est la fin ... de la croissance) et les crises ne sont que des symptômes d'un bouleversement plus vaste qu'il nous faut décrypter. Voilà un champs d'investigation pas encore défraichis. Le Club prétend que la phénoménologie sociale n'est pas univoque, autrement dit que les choses apparaissent dans l'espace humain sans liaison apparente avec leurs causes. Et de gloser sur celles-ci, dont bien évidemment le mur de la finitude des ressources. Nous nous proposons un autre chemin : partir du symptôme pour rechercher comment il est apparu et d'où peut provenir son ressort.

"Le Nouvel esprit du Capitalisme (Luc Boltanski et Eve Chiapello) a pour objet les changements normatifs qui accompagnent les transformations récentes du Capitalisme. Quelle meilleure démonstration de la "force de la critique" que de montrer sa capacité à contraindre jusqu'au Capital ? Le Capitalisme doit en effet tenir compte, depuis le XIXème siècle, d'une critique qui lui est adressée sous la double forme d'une critique "artiste" et d'une critique "sociale". Mais, s'il existe une force de la critique, celle du Capitalisme est de savoir prendre appui sur la critique, l'intégrer jusqu'à en faire une ressource pour un engagement accru, et trouver ainsi des nouvelles voies de profit. En ce sens, ce qu'il est convenu d'appeler depuis plus de vingt ans la "crise" ne doit pas être compris comme une crise du Capital, dont tout montre qu'il se porte bien, mais comme une crise de la critique, désarmée face à l'intégration par le Capitalisme de ses propres arguments, notamment dans la période suivant 1968." (Damien de BLIC)

La crise est tellement intégrée qu'elle est utilisée par des groupes de pression pour appuyer leur action : Ainsi la "crise du logement" réunis les bonnes âmes de la Fondation Abbé Pierre, les politiques locales et les majors du béton ... Voir l'analyse d'Arnaud Simon